Double CD "Répertoire" : 55 thèmes pour 35 titres

Tous les textes des chansons et des “montages” de chansons présents dans “Répertoire”. Collectages d’Achille Millien, Barbillat et Touraine, Marius Barbeau, Garneret et Culot, Sylvette Béraud Williams, Julien Tiersot, Claudius Servetaz, François Simon…

Voir la page consacrée au double CD Répertoire

Premier CD

1 – Suite de l’armée

De bon matin au point du jour,
J’entends battre ce maudit tambour.
Il nous appelle à ce noble exercice,
Et toi, pauvre soldat, c’est ton plus grand supplice !

Il ne faut pas nous étonner
Si l’argent du prêt est mangé.
Nos chefs s’en vont boire le vin, la bière,
Et toi, pauvre soldat, va boire à la rivière !

Nos caporaux et nos sergents
Nous font placer de rang en rang.
L’un dit : recule ! et l’autre dit : avance !
Et toi, pauvre soldat, faut prendre patience !

La patience que nous prendrons,
C’est à la guerre, quand nous irons.
Je te le jure, soldat de la grenade,
Tout cela se paiera à la première campagne.

La campagne étant arrivée,
Mon capitaine j’ai tué.
Mon lieutenant et mon sergent s’en doutent.
Courage, mes enfants, l’armée est en déroute !

Qui a composé la chanson ?
C’est un tambour du bataillon.
Et c’est un soir, en battant la retraite,
En pensant à sa mie, que toujours il regrette !

Si tu vois ma maîtresse,
Oh ! je t’en prie, oh ! salue-la,
Oh ! je t’en prie, oh ! salue-la.
Héli, héla et lon lonla,
Si tu vois ma maîtresse,
Oh ! je t’en prie, oh ! salue-la,

La saluer, comment faire,
Puisque moi je n’la connais pas ?
Puisque moi je n’la connais pas ?
Héli, héla et lon lon la,
La saluer, comment faire,
Puisque moi je n’la connais pas ?

L’est facile à connaître,
Ell’ port’ la fleur de lys au bras.
Ell’ port’ la fleur de lys au bras.
Héli, héla et lon lon la,
L’est facile à connaître,
Ell’ port’ la fleur de lys au bras.

Sur le pont de La Guillotière, on les a vus passer bien enchaînés,
Sont les gendarmes qui les emmènent avec grand’ peine,
En faisant leurs adieux les larmes aux yeux.

Si mon amant ne revient pas,
Je m’en irai dans les combats.
Que l’amour est extrême !
À coups de bombes et de boulets,
Je veux le voir encore une fois,
Celui que mon cœur aime.

Voilà dix ans qu’il est parti,
Ma fille i’n’t’a jamais écrit.
Il a d’autres maîtresses
Qui sont cent fois plus belles que toi !
Ma fille, il ne pense plus à toi,
Il a d’autres maîtresses !

Maman vous n’avez pas raison,
De mépriser mon cher amant.
Il m’écrirait peut-être…
Dans quelque pays étranger,
Peut-être il est-i prisonnier,
Peut-être il est-i mort !

Suite de l’armée, constituée de :

Le soldat mécontent : Les Chansons de France, Editions Slatkine.
Le salut à la maîtresse : Chants et Chansons Populaires du Nivernais et du Morvan, recueillis et classés par Achille Millien.
Je m’en irai dans les combats : Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.
Départ des conscrits : Chansons populaires de l’Ain, recueillies par Charles Guillon.


2 – Les galants transis quoique indiscrets

En passant par la ville, j’aperçois une clarté,
C’était ma douce amie, qui allait s’y coucher :
“Belle, ouvrez – moi la porte, j’en aurai le cœur charmé”

La belle lui répond, comme une fille sage :
“Je n’ouvre pas ma porte, vous reviendrez tantôt,
Quand mon père et ma mère seront dans le repos.”

Le beau galant s’en va, faire un tour dans la ville,
En son chemin rencontre trois garçons s’en allant,
Parlant de leurs maîtresses à la rigueur du temps.

“Où t’en vas-tu ? D’où reviens-tu ?
Voilà minuit qui sonne.”
“Je vais voir ma maîtresse, là-bas dans sa maison,
D’entrer dans sa chambrette,
J’ai bien la permission.”

La belle qui n’est pas loin, entendit ces devises,
“Grand Dieu, Vierge Marie, empêchez-moi d’aimer,
Car ce garçon volage,
Vient ici me tromper.”

“Ouvrez, ouvrez, la porte ouvrez, Marguerite ma mignonne,
Je suis nu, je grelotte, en danger de geler,
Belle, ouvrez-moi la porte,
Et laissez-moi entrer.”

“Gèlerais-tu, mour-e-rais-tu, je n’ouvre pas ma porte,
En passant par la ville, galant tu t’es vanté,
Que j’étais une fille,
Faite à tes volontés.”

Au jardin de mon père, les oiseaux vont disant
Dans leur charmant langage :
“Galant, tu perds ton temps, galant, tu perds tes peines de venir aussi souvent.”

“Si j’ai perdu mes peines, j’ai passé du bon temps.
T’en souviens-tu la belle, quand nous étions tous deux,
À minuit sans chandelle, comme deux jeunes amoureux.”

Le beau galant s’en va : “J’ai perdu ma maîtresse, j’ai perdu ma maîtresse,
Pour avoir trop parlé !
Jamais fille ni femme ne saura mes secrets.”

Le Galant Transi et Le Galant indiscret : Chansons populaires dans le Bas-Berry recueillies par Emile Barbillat et Laurian Touraine.
Le Galant indiscret : Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises recueillies par Julien Tiersot.


3 – Les tétons

Quand j’étais petite fille,
Je n’avais pas de tétons :
À présent que je suis grande,
J’en vois point de ma façon.
Point du jour, arrive, arrive,
Point du jour, arrive donc !

Je m’en vais à la rivière,
Pour laver mes blancs jupons.
Mon amant qu’est au derrière,
Qui me fournit du savon.
Point du jour, arrive, arrive,
Point du jour, arrive donc !

M’sieur l’curé, graissez vos bottes,
Pour venir me marier.
Moi j’ai l’amour en la tête,
Pis que l’rat dans un grenier.
Point du jour, arrive, arrive,
Point du jour, arrive donc !

Si je prends mon arbalète,
Je t’y jetterai en bas !
La mère, qu’est à la fenêtre,
Qu’entendit ce discours-là !
Point du jour, arrive, arrive,
Point du jour, arrive donc !

Taisez-vous, petite sotte,
Car votre père le saura.
Taisez-vous, mère, vous-même,
Vous ne savez ce qu’il y a !
Point du jour, arrive, arrive,
Point du jour, arrive donc !

Quand j’étais petite fille,
Je n’avais pas de tétons :
À présent que je suis grande,
J’en vois point de ma façon,
Point du jour, arrive, arrive,
Point du jour, arrive donc !

Impatiente à la veille de ses noces : Chansons populaires du Nivernais et du Morvan, recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


4 – Jésus-Christ s’habille en pauvre

Jésus-Christ s’habille en pauvre, “faites- moi la charité,
Des miettes de votre table, j’en ferai bien mon souper.”

“Les miettes de notre table, les chiens les mangeront bien.
Ils m’apporteront des lièvres, toi, tu ne m’apportes rien.”

“Madame qu’êtes en fenêtre, faites- moi la charité”
“Ah ! montez, montez, bon pauvre, avec moi vous souperez.”

Quand ils eurent bien soupé, il demande à se coucher,
“Ah ! montez, montez, bon pauvre, un lit frais vous trouverez.”

Quand ils montaient les degrés, trois anges les éclairaient :
“Ah ! n’ayez pas peur, Madame, c’est la lune qui paraît.

Dans trois jours vous mourerez, en paradis vous irez,
Mais votre mari, Madame, en enfer ira brûler.”

Les gens dedans vos maisons,
J’vous prie d’entendre raison,
C’est une chose étrange lon la, lon la…

Les anges du Paradis
Illuminent cette nuit.
Demandons-leur la grâce lon la, lon la…

Vous verrez la terre trembler,
Vous verrez la mer couler,
Et les pierres se fendre lon la, lon là…

Chansons populaires comtoises, recueillies par Jean Garneret et Charles Culot.
Traduction et adaptation du Noël de Bessans : Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises par Julien Tiersot.


5 – En revenant de noces

En revenant des noces, j’étais bien fatiguée, voyez,
Su’l’bord d’une fontaine je me suis reposée.

L’eau y était si claire que je m’y suis baignée, voyez,
À la feuille d’un chêne je me suis essuyée.

Sur la plus haute branche le rossignol chantait, voyez,
Chante rossignol chante, toi qui as le cœur gai.

Tu as le cœur à rire, petit bouton,
Moi, je l’ai à pleurer, petit bouton de rose,
Moi, je l’ai à pleurer, petit bouton doré.

Pour moi je ne l’ai guère, mon amant m’a quittée, voyez,
Pour un bouquet de roses que je lui refusai.

Je voudrais que la rose soit encore au rosier, voyez,
Et que mon ami Pierre soit encore à m’aimer.

Je voudrais que la terre, petit bouton,
Fut encore à bêcher, petit bouton de rose,
Fut encore à bêcher, petit bouton doré.

Et que la bêche même, petit bouton,
Fut encore à forger, petit bouton de rose,
Fut encore à forger, petit bouton doré.

Version 1, recueillie en Berry par les Thiaulins de Lignières.
Version 2, recueillie en Vendée par Tap Dou Paie.


6 – C’était une dame de Bordeaux

Dedans la ville de Bordeaux trois beaux vaisseaux sont arrivés,
Les matelots qui sont dedans, ce sont ma foi de beaux enfants, la, la, la…
Les matelots qui sont dedans, ce sont ma foi de beaux enfants.

La dame du président d’Bordeaux vint amoureuse d’un matelot :
“Servante, allez moi me chercher ce matelot qui m’a charmée, la, la, la…
Servante, allez moi me chercher ce matelot qui m’a charmée.”

La servante n’a pas manqué, le matelot est arrivé :
“Montez là-haut, c’est au premier, collation vous y ferez, la, la, la…
Montez là-haut, c’est au premier, collation vous y ferez.”

Collation a bien duré trois jours, trois nuits sans décesser,
Le quatrième, il fait beau temps, le matelot veut s’en aller, la, la, la…
Le quatrième, il fait beau temps, le matelot veut s’en aller.

“Si tu t’en vas, beau matelot, ne va pas dire du mal de moi,
Tiens, voilà cent écus pour toi, tu reviendras une autre fois, la, la, la…
Tiens, voilà cent écus pour toi, tu reviendras une autre fois.”

Le matelot sur son chemin fit la rencontre du président :
“Oh ! président, beau président, tu es cocu, j’ai tes écus, la, la, la…
Oh ! président, beau président, tu es cocu, j’ai tes écus.”

“Beau matelot, j’n’ai pas compris, répète un peu c’que tu m’as dit.”
“Oh ! président, il fait beau temps, nous allons mettre la voile au vent, la, la, la…
Oh ! président, il fait beau temps, nous allons mettre la voile au vent.”

Le matelot sur son vaisseau s’mit à chanter des airs nouveaux :
“Vive les dames de Bordeaux qui paient à boire aux matelots, la, la, la…
Vive les dames de Bordeaux qui paient à boire aux matelots.”

Chansons populaires comtoises : recueillies par Jean Garneret et Charles Culot.


7 – Ton berlingot

Ton berlingot, ma chambrière,
Ton berlingot, il est tout beau.
M’y faut du sable et de la chaux
Pour y blanchir, ma chambrière,
M’y faut du sable et de la chaux
Pour y blanchir ton berlingot.

La chanson populaire et les écrivains romantiques : Julien Tiersot.


8 – Suite du mariage

C’est aujourd’hui que je prends un époux,
Cet allié, Grand Dieu qu’il me soit doux !
Prions le ciel, qu’il soit fidèle,
Dans nos plus tendres amours, pour y finir nos jours.

C’est aujourd’hui ce grand engagement,
Que je désire depuis longtemps,
Dans notre ménage, nous serons sages,
Grand Dieu que c’est joli, quand on est bien uni !

Au bout de quelque temps nous aurons des enfants,
Qui nous appelleront papa, maman,
Garçons ou filles, de bonne mine,
Remplis de gaieté, ces charmantes beautés.

Galants qui sont à ma porte, quel présent m’apportez-vous ?
Le présent que j’ vous apporte,
Belle le recevrez-vous ?

Si c’est un présent honnête, comment le refuserions-nous ?
Le présent que j’ vous apporte,
C’est l’présent de ma culotte !

Je voudrais bien me marier, l’amour m’a défendu la pipe.
Mais je suis garçon politique, un garçon bien aimé,
Oui, je la fumerai la pipe, oui, je la fumerai.

Dans un moment vient à passer un joli régiment de filles,
Mais il y a ma sœur la cadette, qui en est le lieutenant,
Et moi, le commandant des filles, et moi le commandant.

Qui qu’est le plaisir le plus doux, c’est d’promener sa mie à l’ombre,
Mais en l’embrassant sur la bouche, en lui disant : ma catin,
L’entretien de l’amour me coûte, l’entretien de l’amour.

Je voudrais bien me marier, l’amour m’a défendu la pipe.
Mais je suis garçon politique, un garçon bien aimé,
Oui, je la fumerai la pipe, oui, je la fumerai.

À minuit, on frappe à ma porte, on me dit que c’est mon mari !
Si c’est lui, que l’Diable l’emporte, je n’veux plus coucher envers lui !

J’veux coucher avec mon compère,
Mon mari, il ne me dit rien,
J’veux coucher avec mon compère,
Mon compère il me divertit.

Galants qui sont à ma porte, quel présent m’apportez-vous ?
Le présent que j’vous apporte,
Belle le recevrez-vous ?
Si c’est un présent honnête, comment le refuserions-nous ?
Le présent que j’vous apporte,
C’est l’présent de ma culotte !

C’est aujourd’hui que je prends un époux, Le régiment des filles, Galants qui sont à ma porte, À minuit : Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


9 – Apprenez à connaître

Quand on s’est aimé, bientôt l’on se quitte,
Quand on s’est aimé, il faut se quitter.
Quand on a les larmes aux yeux,
Il est temps d’se dire adieu,
Ah ! Quel triste passage pour les amoureux !

Quand on n’aime pas, on n’s’engage guère,
Quand on n’aime pas, on n’s’engage pas.
Une fois le cœur engagé,
On n’a plus sa liberté,
Filles, apprenez à connaître avant que d’aimer.

Chansons populaires dans le Bas-Berry recueillies par Emile Barbillat et Laurian Touraine.


10 – Embarquons-nous, le temps est doux

Embarquons-nous, le vent est doux, pour le voyage de l’Amérique.
Ma belle Suzon, rien n’est plus beau que de naviguer sur ces eaux.
Oh ! c’est un charme que de naviguer,
Embarquons-nous, ma charmante beauté,
Va, le Bon Dieu nous conservera,
Et la boussole nous conduira.

De m’embarquer, ne m’parle pas, je crains la mer quand elle tourmente.
Je la crains plus que Lucifer, non je n’irai pas sur la mer.
Si le vaisseau vient à couler à fond, nous serions tous mangés par les poissons,
J’aimerais mieux mourir entre tes bras,
Non, non, je m’embarquerai pas.

Eh là ! ma belle, décid’ toi donc, pour le départ de l’Amérique.
Va, je suis un bon garçon, l’on me connaît, je suis luron.
J’ai avec moi tout ce qu’il me faut, une ancre, un mât, cordages aussi vaisseau.
Viens avec moi, ma charmante Suzon,
Nous t’habillerons en garçon.

De m’déguiser, ne m’parle pas, épouse-moi, je suis enceinte !
Tu me laisses dans l’embarras, bientôt un enfant sur les bras.
Hélas ! Grand Dieu ! quel désespoir pour moi !
Tout chacun va me montrer au doigt,
En disant : “Vlà la belle Suzon, qu’a laissé lever son jupon !”

Tu as éprouvé mon amour, et moi j’ai su charmer la tienne.
Tu me disais tous les jours : “belle Suzon, c’est pour toujours”.
Hélas ! Grand Dieu ! quel désespoir pour moi !
Tout chacun va me montrer au doigt,
En disant : “Vlà la belle Suzon, qu’a laissé lever son jupon !”

Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


11 – Le bambocheur

Triste galant’, la femme du vieux Lambour,
Qui a le cul de plâtre et les fesses de velours.
Elle s’en va d’auberge en auberge,
Pour chercher son mari, Ladéra, avec une lanterne.

“Bien le bonjour, Madame l’hôtesse, bonjour,
Recevez mon bonjour, mon mari est-il là ?”
“Il est là-haut dans la plus haute chambre,
Qui s ’divertit fort bien, ladéra, avec notre servante.”

“Bonjour ivrogne, pilleur de cabaret,
Toi t’es ici, tu fais de bonne chère,
Moi et mes enfants,
Nous sommes à la misère.”

“Va-t’en ma femme, va-t’en vers tes enfants,
Moi j’suis ici, auprès d’ma mie ma blonde,
Et je n’entends pas que personne m’y gronde.”

La pauvre femme, s’en va toujours pleurant :
“Pleurez, mes enfants, le sort de votre père,
Devant qu’il soit jour, vous n’aurez plus de mère.”

“Pourquoi ma mère, que vous dites cela,
Nous savons bien que nous avons un père,
Il est bambocheur, nous en serons de même.»

Triste et galante, La femme du cordonnier : Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


12 – Le jardin des amours

La belle s’en va au jardin des amours,
C’est pour y passer la semaine.
Son père qui la cherche partout,
Et son amant qu’en est en peine.

Y’a un berger, là-bas dans la prairie,
Si il l’a vue qu’il nous renseigne.
Berger, berger, mon doux berger,
L’avez-vous pas vue la beauté même.

De quelles couleurs, était-elle habillée ?
Est elle en soie ou bien en laine ?
Elle a un jupon blanc satiné,
Une jolie robe couleur de rose.

Elle est là-bas au jardin des amours,
Assise su’ l’bord d’une fontaine.
Elle tient un p’tit oiseau dans sa main,
À qui la belle raconte toute sa peine.

Mon p’tit oiseau, tu es donc bien heureux,
D’être entre les mains d’ma maîtresse.
Moi je suis bien son amoureux,
Et je ne peux pas m’approcher d’elle.

Faut-il être aussi près du ruisseau,
Pour endurer la soif que j’endure.
Buvez, buvez, cher amant, buvez,
C’en est pour vous qu’le ruisseau coule.

Faut-il être aussi près du rosier,
Sans pouvoir même cueillir une rose.
Cueillez, cueillez, cher amant, cueillez,
C’en est pour vous qu’la rose est belle.

Recueillie en Berry par les Thiaulins de Lignières.


13 – Rossignolet sauvage

Rossignolet sauvage, la fleur des amoureux,
Voudrais-tu bien me faire ce voyage ?
Voudrais-tu bien apporter une lettre ?

Rossignol a pris la lettre, là-bas, il la porta.
Si vous dormez, réveillez-vous la belle,
Pensez-vous pas à l’amant qui vous aime.

La belle allume la chandelle, la porte elle va ouvrir.
Elle regarda, du côté de la plaine,
Elle n’a rien vu qu’un beau et clair de lune.

Belle, je suis ici pour t’apprendre que je suis marié.
Je le sais bien, j’ai bien entendu dire,
Que tu étais un amuseur de filles.

Un amuseur de filles, la belle, je ne le suis pas.
Je suis ici pour chanter et pour rire,
Et pour savoir les sentiments des filles.

Les sentiments des filles sont difficiles à savoir…
Venez ce soir, venez que je vous aime,
Venez demain, ça n’sera plus de même.

Anthologie de la chanson française (Marc Robine) : “La Tradition” (Albin Michel).


14 – La jeune Sylvie

C’est la jeune Sylvie,
De bon matin, sous ces ormeaux,
Ah ! s’est réjouie en gardant son troupeau.
S’est assise à l’ombrage, croyant y trouver son berger,
Son amant volage, il avait changé.

“Ah ! toi, doux rossignol,
Toi qui sais c’que c’est des amants,
Donne-moi des nouvelles de mon cher amant.
Éplume-moi tes ailes, je te prends pour mon voyageur,
Dis-moi des nouvelles de mon serviteur.”

“Hélas ! quelles nouvelles,
Sylvie, désires – tu de moi,
Et de ton infidèle ? Il est bien loin de toi.
Il en a pris les armes, il est au service du Roi,
Je te dis la belle, reconsole-toi.”

“Prends donc ta volée,”
Dit-elle au rossignol badin.
Il a pris sa beauté, tout droit dedans sa main :
“Ah ! tiens, voici les gages qu’une fille a reçus de toi,
Dans ce pâturage, on te les renvoie.”

La chanson populaire et les écrivains romantiques : Julien Tiersot.


15 – Le garçon qui change d’amante

L’amour ce n’est qu’un songe, qui se fait en tous lieux,
Un garçon qui s’amuse en aime souvent deux.
Oh ! la première aimée aura du repentir,
De se voir délaissée, de se voir en oubli.

La belle dedans sa chambre, elle est en grand tourment,
Raconte aux unes, aux autres :
“Me voilà sans amant.
Je suis la délaissée, et moi qui l’aimais tant,
L’en a trouvé une autre, à son contentement.”

“Si tu m’aimais la belle, faut me mettre en oubli,
Car je ne veux plus être ton petit cher ami.
Oh ! j’en ai trouvé d’autres, mais des bien plus jolies,
Plus jolies et plus riches, bien plus belles que toi.”

T’as le pied dans le margouillis, tire-t’en, tire-t’en, tire-t’en, Pierre,
T’as le pied dans le margouillis, tire-t’en, Pierre, si tu puis !

“Si t’n’as trouvé d’plus riches, mais des bien plus jolies,
T’les mettras dans ta chambre, à l’ombre du soleil.
Et il viendra un temps, que leurs teints bruniront,
Le long de la rivière, nous les connaîterons.”

“Bonjour voisin, voisine, dites-moi je vous prie,
Si j’aurai bien la fille que j’ai tant fait mépris ?”
“Oh ! toi tu vas aux anges, croyant de trouver mieux,
Mais en en flattant une, tu as perdu les deux.”

T’as le pied dans le margouillis, tire-t’en, tire-t’en, tire-t’en, Pierre,
T’as le pied dans le margouillis, tire-t’en, Pierre, si tu puis !

“Bonjour mes deux demoiselles, j’me jette à vos genoux,
Et vous, seconde belle, comment vous portez-vous ?”
“Au château de mon père, on n’y vient qu’une fois,
Et vous c’est la deuxième, galant, je vous renvoie.”

T’as le pied dans le margouillis, tire-t’en, tire-t’en, tire-t’en, Pierre,
T’as le pied dans le margouillis, tire-t’en, Pierre, si tu puis !

Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


16 – L’oiseau mis en cage

Par un beau jour, j’m’en va voir ma maîtresse,
C’était pour lui souhaiter le bonjour,
Pour lui conter le secret de mes peines,
Au sujet de ce grand mal d’amour,
Tra, lalala, lalala, lalala,

Au sujet de ce grand mal d’amour.
Charmante Louise, prête-moi donc ta cage,
Pour y loger mon petit sansonnet,
Oh ! il est beau, il est doux, il est sage,
Dans un bosquet il est bien indiscret,
Tra, lalala, lalala, lalala,

Dans un bosquet, il est bien indiscret.
Si votre oiseau n’était pas si volage,
Je trouverais bien de quoi le loger,
Mais j’aurais peur quand il serait en cage,
N’en pourrait pas sortir sans pleurer.
Tra, lalala, lalala, lalala,
N’en pourrait pas sortir sans pleurer.

Oh ! s’il pleurait, ça serait avec peine,
Par le regret qu’il aurait de sortir,
Allez, allez, ne soyez pas en peine,
Votre beauté le fera revenir.
Tra, lalala, lalala, lalala,
Votre beauté le fera revenir.

Quand j’suis vers toi, mon aimable brunette,
N’y a pas pour moi de moment plus heureux.
Quand je te quitte, j’dis toujours en moi-même :
“Me v’là du rang des amants malheureux !
Tra, lalala, lalala, lalala,
Me v’là du rang des amants malheureux !”

Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


17 – Le porte-enseigne et sa blonde

Voici le joli mois d’avril,
Qu’tous les garçons, ils vont partir.
Ils vont partir en Angleterre,
Pour déclarer une autre guerre.

En Angleterre sont arrivés,
Trois coups d’canons, ils ont tirés.
Ils ont tiré sur la barrière,
Ils ont réduit tout en poussière.

Le colonel vint à passer,
“Y a-t-il pas quelqu’un de blessé ?”
“Oh oui, oh oui, mon colonel
Il y a bien votre porte-enseigne.”

“Mon porte-enseigne, mon bel ami,
N’as-tu pas regret de mourir ?”
“Tout le regret que j’ai d’ce monde,
Oh ! c’est de mourir sans voir ma blonde.”

“Ta blonde nous l’enverrons chercher,
Par quatre de nos officiers,
Quatre officiers de la marine
Qui y passeront la mer jolie.”

De tant loin qu’il la voit venir,
Son petit cœur s’en réjouit.
“Avance, avance, charmante blonde,
Car je m’en vais dans l’autre monde.”

“Oh ! non galant, j’engagerai,
Ma bourse avec tout ce que j’ai,
Mon anneau d’or et ma ceinture,
Ça s’ra pour guérir ta blessure.”

“N’engage rien de tes atours,
Garde ton or et tes bijoux.
N’engage rien charmante blonde,
Car ma blessure est trop profonde.

Avant qu’il soit demain midi,
Je serai mort enseveli,
Tu me verras porter en terre,
Par quatre z-officiers de guerre.”

Chansons populaires dans le Bas-Berry recueillies par Emile Barbillat et Laurian Touraine.


Deuxième CD

1 – Le gibier d’amour, L’amoureux

Se promenant sur le tard, le long d’un bois à l’écart,
Chassant bécasse et perdrix, dans ce bois joli.
Tout à travers les roseaux, il en a vu une,
Tenant son fusil bandé, tout prêt à tirer.

Il entend les cris de son chien, d’un chasseur le vrai soutien,
Il avance et il crie tout haut, à travers les roseaux.
Il tire un coup de fusil, mais pas loin d’elle,
La belle a fait un si grand cri que le bois a retenti.

Reposez-vous mon cher cœur, lui dit-il avec douceur,
Je suis un vaillant chasseur, de moi n’aie point peur.
En te voyant, belle enfant, ici seulette,
Je veux être ton soutien, et te faire du bien.

Rassurez-moi, je vous prie, car de peur je suis saisie.
Je me trouve ennuitée, je suis égarée.
Mettez-moi dans le chemin de mon village,
Car sans vous, monsieur, je coucherais dans le bois.

Belle, tendez-moi votre main, votre chemin n’est pas loin.
De vous faire ce plaisir, j’en ai le loisir.
Avant que je t’ai quittée, chère mignonne,
Voudrais-tu bien m’accorder un tendre baiser.

Je ne peux vous refuser, je veux vous récompenser.
Ah ! prenez-en deux ou trois, c’est à votre choix.
Vous m’avez d’un très grand cœur rendu service,
Je ne peux vous refuser, je veux vous récompenser.

Ils n’en furent pas dehors du bois,
La belle se mit à rire.
Qu’avez-vous belle, quand vous riez ?
La belle, qui vous fait rire ?
Je ris de toi, couyon d’amoureux,
D’avoir passé le bois tous les deux,
Tenant ta mie à ton côté,
Sans lui avoir rien demandé.

La belle, retournons au bois,
Je te donnerai cent livres.
Oh non ! Au bois je n’irai pas,
Car les chemins sont des appâts.
Quand tu tenais la caille au blé,
Galant, tu devais la plumer.

Le gibier d’amour : Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.
L’amoureux : Chansons populaires de l’Ain recueillies par Charles Guillon.


2 – La fille amoureuse

Buvons et trinquons, divertissons-nous,
La loi nous l’ordonne, il faut faire l’amour !
C’est une jeune fille, à l’âge de quinze ans,
Va dire à sa mère, m’y faudrait un amant !

Un amant, ma fille, tu n’en auras pas,
T’es encore trop jeune, tu t’en passeras !
Nous te mettrons en ville, en ville dans un couvent
Pour apprendre à lire, à bien passer ton temps !

Au couvent, ma mère, non je n’irai pas,
Le galant que j’aime, i m’en empêch’ra !
Le beau galant que j’aime, Il n’est pas loin d’ici,
Là-bas sur la route, je le vois bien venir.

Le galant chasseur, i s’est approché,
A mis pied à terre, son ch’val attaché,
Montez dedans ma chambre, En voici l’escalier,
Nous jouerons ensemble, ça s’ra par amitié.

Ils ont bien joué le jour et la nuit,
Mais de grand matin le galant partit,
Adieu donc Madeleine, Oh ! mon p’tit cœur d’amour,
Reste-moi fidèle, jusques à mon retour,
Jusques à mon retour !

Chansons populaires dans le Bas-Berry recueillies par Emile Barbillat et Laurian Touraine.


3 – La poison

Rossignolet du bois joli, enseigne-moi, je t’en prie, enseigne-moi, je t’en prie !
Enseigne-moi de la poison, c’est pour empoisonner, c’est pour empoisonner.

Pour empoisonner mon mari, qui est jaloux de moi, qui est jaloux de moi.
Là-haut dedans la forêt, vous en trouverez, mais vous en trouverez.

La tête d’un serpent méchant, mais vous en pilerez, mais vous en pilerez.
Quand vot’mari arrivera, la grande soif il aura, mais la grande soif il aura.

Il vous dira, ma bonne amie, donnez-moi donc de l’eau, donnez-moi donc de l’eau.
Vous lui direz, mon cher mari, prenez de ce vin blanc, prenez donc de ce vin blanc.

À mesure qu’il en buvait, le vin dans l’verre noircissait, le vin il noircissait.
L’enfant qu’était dans le berceau, son père y’avertissait, son père il avertissait.

Mon père n’en buvez donc pas, ça vous ferait mourir, car ça vous f’rait mourir.
Pour moi la mort, vraie y passait, la grande soif que j’avais, mais la grande soif que j’avais.

Le Romancero Québécois par Marius Barbeau.


4 – La pluie tombe sur nous

La pluie tombe sur nous, pour vous quel avantage ?
Vos vaches auront du lait, vous ferez des fromages,
Vous en tirerez de l’argent, pour marier tous vos enfants.
En chantant de rantanplan ce joli mois de mai qui toujours nous réveille.

La pluie tombe sur nous, pour vous quel avantage ?
Ce joli mois de mai s’endort sur la rosée.
Vous engraisserez vos moutons, à la Saint Jean nous les vendrons.
En chantant de rantanplan ce joli mois de mai qui toujours nous réveille.

Vous filles qui dormez, à la plus haute chambre,
Écoutez les amants, à la porte, qui chantent,
Préparez-leur la collation, pour tous ces beaux gentils garçons.
En chantant de rantanplan ce joli mois de mai qui toujours nous réveille.

(BRIOLAGE)

Et montez donc, voir là mes grands bœufs,
Mon Cadet, mon Joli, mon Varné, mon Taupin, mon Paillau, mon Charbounio
Hardis, hardis les gars , Ah… Hardis les gars !
R’montez là donc les deux derriés,
Ah ! les deux vieux ! Allons Allons !
Ah ! bottez là donc là, Ah r’montez là donc là ! Ah… Hardis les gars !
Mon Cadet, mon Joli, mon Varné, mon Taupin, mon Paillau, mon Charbounio
Tirouli tant ! Allez, ah ! Et la la la…

La pluie tombe sur nous : recueillie en Ardèche par Dominique Laperche et Christian Oller, Chansons populaires d’Ardèche par Sylvette Beraud Williams.
Briolage : adaptation libre du collectage en Bas Berry noté par Pauline Viardot.


5 – Mon père avait un fils

Mon père avait un fils,
Ma mère avait une fille,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Mon père battait son fils,
Ma mère battait sa fille,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Il les a tant battus,
Qu’ils ont perdu la vie,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Ils les ont enterrés
À Paris la gran’ ville,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Sur la fosse de la fille
Ont planté une olive,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

L’olive est v’nue si grande
Qu’elle a couvert la ville,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Fallut les charpentiers
Pour charpenter l’olive,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Ils l’ont bien travaillée,
En ont fait trois navires,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

L’un est chargé de blé,
L’autre d’argenterie,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Le troisième est chargé
De trois belles jeunes filles,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

La plus belle des trois,
Je crois qu’elle s’ra ma mie,
Trempez la soupe trempez, la mariée arrive.

Anthologie des chants populaires français (Vendée) : Joseph Canteloube.


6 – La palombe

J’ai vu les yeux de la palombe,
J’ai vu les yeux de la palombe,
Au bord de la mer tout au bord,
J’ai vu la palombe qui dort.

J’ai vu le bec…

J’ai vu la tête…

J’ai vu le cou…

J’ai vu les ailes…

J’ai vu les plumes…

J’ai vu le cœur …

Répertoire Beau temps sur la province.


7 – Pierrot au moulin

Quand j’ vois Pierrot prendre son manteau,
C’est qu’il va chez la meunière :
“Hé ! bonjour donc belle meunière,
Que le bonjour vous soit donné,
Je viens pour voir-e votre fille,
Aussi pour vous la demander.”

“Pierrot, Pierrot, mon bon ami,
Je ne sais quoi te répondre.
Je n’ai plus d’eau dans ma rivière, et mes moulins ils ne vont pas,
Mais pour ma fille mon ami Pierre,
Oh ! non jamais tu ne l’auras.”

“J’ai du bon blé dans mon grenier,
Et des bœufs dans mon étable.
Et j’ai du vin dedans ma cave,
Aux environs de cent tonneaux,
Dans ma maison belle meunière,
Ta fille boira jamais de l’eau.”

“Pierrot, Pierrot, mon bon ami,
Ma fille est encore bien jeune !
Elle est bien jeune et bien heureuse,
Auprès de moi dans ce moulin.
Pour ce qui est du mariage,
Nous en parlerons l’an prochain.

Pierrot, Pierrot, mon bon ami,
Je ne sais quoi te répondre,
Pierrot, Pierrot, mon bon ami,
Je ne sais quoi te répondre…”

Chansons populaires dans le Bas-Berry recueillies par Emile Barbillat et Laurian Touraine.


8 – J’étais lassée

J’étais lassée d’être jeune fille,
Il a fallu m’y marier.
On m’a donné un homme, c’est un homme,
C’est un ivrogne, c’est un homme,
Comme les autres,
C’est un homme sans souci.

La première soirée de mes noces,
Il m’a joué le “cariol”.
Il a vendu mes robes
Ainsi que mon jupon blanc, et encore,
Il vient me dire qu’il vendra ma maison.

Moi, pauvre femme dans mon ménage,
Je ne reçois plus un seul sou.
J’ai cinq petits enfants,
Le plus jeune est sur mon bras et encore,
Il vient me dire qu’il me rengagera.

Il est là-bas dans cette auberge,
Il reviendra quand il s’ra saoul,
Mouillé jusqu’aux genoux,
Il ne ressemble qu’à la boue et encore,
Il vient me dire qu’il m’assom’ra de coups.

Il est là-bas sur cette plaine,
En train d’ me regarder pleurer.
Pleurez, pleurez, dit-il,
Vous aurez beau pleurer les beaux jours,
De la jeunesse,
Les beaux jours ils sont passés, Hélas !

Répertoire Jean Baron (Haute Bretagne).


9 – Élise, vous êtes une ange

“Élise, vous êtes une ange,
Plus belle que le jour.
N’en soyez pas étrange,
S’il y a des jaloux
Parmi nous, aimons-nous !
Oh ! aimons-nous,
Les plaisirs sont à nous.”

“Ici, dans le village,
Tout le monde me dit,
Qu’ vous êtes amant volage,
Qu’vous êtes un insolent,
Mon amant, mon amant.
Oh ! mon amant,
Qu’vous êtes un insolent.”

“N’écoutez pas le monde,
Ma charmante beauté,
Soulagez la personne
Qui vous a tant aimée,
Soulagez, soulagez !
Oh ! soulagez,
Mon cœur qu’est enflammé.

Marions-nous Élise,
Marions-nous les deux,
Brûlons des mêmes flammes,
Faisons du même feu,
Je le veux, je le veux !
Oh ! je le veux,
Marions-nous les deux.”

Chants et chansons de la Savoie recueillis par Claudius Servetaz.


10 – Le breuvage empoisonné

Vous filles de quinze ans
Sur moi prenez exemple,
N’allez point l’soir aux danses,
Ni aux bals la nuit,
Car voilà ce qu’est cause,
Que je m’en va mourir.

“Oh ! Aimez-moi, plaisante brune,
Oh ! Aimez-moi, Oh ! Aimez-moi.
Vous aimerez le fils d’un Prince,
Le fils d’un Roi, le fils d’un Roi.”

“Que voulez vous que je vous aime,
J’ai mon mari, j’ai mon mari,
J’ai mon mari qu ‘est dans les vignes,
Qui le saurait, qui le saurait.”

“Va donc là-haut sur ces montages,
Tu trouveras, tu trouveras,
La tête d’une belle serpent verte,
Tu la prendras.
Dans le creux d’une pierre fine,
Tu la pil’ras, tu la pil’ras.

Dans une bouteille de bon vin,
Tu la mettras.
Quand votre mari viendra des vignes,
Grand’ soif aura, grand’ soif aura,
Quand votre mari viendra des vignes,
Vous lui donn’rez, vous lui donn’rez.”

“Oh ! Dis-moi donc plaisante brune,
Tire-moi du vin, tire-moi du vin.”
“Il y en a dedans la pinte,
Du tout tiré, du tout tiré.”

Le p’tit enfant qu’est dans l’berceau,
Qui parle pas, qui parle pas,
Qui dit : “n’en buvez pas mon père,
Car vous mourrez, car vous mourrez”

“Oh ! qu’est ce que ça t’fait donc,
Ce n’est pas tes affaires,
Je n’suis donc pas maîtresse
Du fruit même de mon sang.”
“Tais-toi ma belle fille,
Tu t’en repentiras.”

“Oh ! Dis-moi donc, plaisante brune,
Qu’est ce que j’entends ? Qu’est ce que j’entends ?”
“C’est les enfants de notre voisine,
Qui se raillont, qui se raillont.

Hé mon mari, Hé mon gentil,
Bois donc un coup si tu as soif.”
“Et toi qui as mal à la tête,
Bois-le donc toi.”

À toutes fois qu’la belle buvait,
Son sang caillait, la belle mourait,
Si t’as fait la méd’cine, la belle,
C’est bien pour toi.

“Maudit, maudit, le fils d’un Prince,
Le fils d’un Roi, le fils d’un Roi !
Il m’a fait faire ce breuvage,
Moi j’en mourrai, moi j’en mourrai !”

Chants et Chansons du Nivernais, Achille Millien : La fille de quinze ans, version B et Le breuvage empoisonné, versions A et C.


11 – Querelle d’amour

J’ai fait l’amour dedans le Dauphiné,
À une brune parfaite à mon gré,
Dont je ne sais, la belle si je l’aurai,
Si je l’ai pas, je la déroberai.

Un beau lundi on me vient avertir
Que ma maîtresse avait changé d’ami.
De pas à pas je me suis approché,
Je l’ai trouvée avec son bien aimé.

“Si j’avais su, la belle, ton sentiment,
Je n’aurais pas dépensé mon argent,
Je n’aurais pas dépensé mon argent
Au cabaret avec tous tes parents.”

“Hélas, galant, de ton argent perdu,
Combien de fois te l’ai je défendu !
Combien de fois t’ai je dit en riant :
Retire-toi, galant, tu perds ton temps !”

“Si j’ai perdu mes peines, aussi mon temps,
J’ai bien passé d’agréables moments.
T’en souviens-tu, quand nous étions amis,
Dedans la chambre, couchés dans ton grand lit !”

Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises, Julien Tiersot.


12 – La recette de la bergère (texte parlé)

Par un matin de mai,
Prenez une bergère :
Blanche comme la neige,
Belle comme le jour.
Vous l’emmenez le long de cette mer coulante :
“Belle allons y,
Belle allons donc,
Beaucoup de plaisir nous prenderons.”

Ça ne fut pas à mi chemin,
Vous perdez votre soulier.
Elle s’agenouille pour le lacer (elle est très tendre…)
Vous sortez votre couteau et lui arrachez le cœur.
Vous le mettez dans un linge blanc.
Vous rentrez.
Vous présentez le cœur à votre mère et elle vous dit :
“Ce n’est pas le cœur de ta mie , c’est le cœur d’une brebis !”
Alors là ! Vous êtes estomaqué !
Vous n’y croyez pas !
Tout cet effort pour rien !
Dieu que les mères sont méchantes !

Évelyne Girardon


13 – Suite de la bergère

Y’a rien de si charmant, oh…
Y’a rien de si charmant
Que la bergère au champ.

Elle voit venir la pluie, oh…
Elle voit venir la pluie,
Désire le beau temps.

Son berger va la voir, oh…
Son berger va la voir,
Le matin et le soir.

Oh ! levez vous bergère oh…
Oh ! levez vous bergère,
Le soleil luit partout.

Mon cher cœur, parmi ces odeurs,
Vous êtes esclave.
Il faut être dans ces champs,
À la pluie et au vent, à la grêle, à l’orage.
Exposée à chaque jour à la fureur des loups.

Mon bonheur, c’est d’être en ces lieux
Sous ces feuillages,
Les oiseaux par leurs doux chants,
Réjouissant mon cœur, par leurs tendres ramages,
Entourée de mille fleurs, qui embaument mon cœur.

Il m’a promis son cœur, il sera amant fidèle,
Il m’a promis son cœur, il sera mon serviteur.

Berger mon doux berger, et oh…
Berger mon doux berger,
J’entends quelqu’un marcher.

C’est peut-être mon père, oh…
C’est peut-être mon père
Qui vient pour me chercher.

Couchons-nous sur l’herbette, oh…
Couchons-nous sur l’herbette
Et laissons-le passer.

Dans ce jeu badin de l’amour
Si l’on s’engage,
L’on a bien d’autres tourments,
Quelquefois un amant, inconstant et volage,
Par le moindre déplaisir, cause mille soupirs.

Sur le bord de mon lit,
Mon amant qui se repose.
Sur le bord de mon lit,
Mon amant s’est endormi !

À la pointe du jour,
Mon amant qui se réveille.
À la pointe du jour,
Mon amant s’en est allé !

Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises, Julien Tiersot : La bergère aux champs, version texte, La bergère grande dame.
Chansons populaires du Nivernais et du Morvan, Achille Millien et J.G. Penavaire : version musicale de La bergère aux champs : L’apprenti pastoureau.
Chants et chansons de la Savoie, Claudius Servetaz : Préparez le souper, dame l’hôtesse.


14 – L’amour et la richesse

Les rochers, y sont de pierre,
Le soleil il les fond pas.
Les rochers, y sont de pierre,
Le soleil il les fond pas.
Non le soleil il les fond pas, non plus la lune,
Ah ! tout garçon à marier cherche fortune.

Si tu étais hirondelle,
Et que tu puisses voler,
Si tu étais hirondelle,
Et que tu puisses voler,
L’amour il y mettrait une cage sur ta croisée,
Pour que la bergère fidèle
Ne puisse s’en aller.

Laissez faire et laissez dire,
Laissez chanter qui voudra.
La fleur de jalousie,
Elle restera toujours fleurie.
Il faut laisser faire,
Laissez celui qui m’aimera.

Chansons populaires dans le Bas Berry, Emile Barbillat et Laurian Touraine : L’amour et la richesse.
Textes additionnels : Chansons populaires comtoises, recueillies par Jean Garneret et Charles Culot : Un beau soir de dimanche, Adieu belle, je pars dimanche.


15 – Qui sont-ils les gens qui sont riches ?

Qui sont-ils les gens qui sont riches,
Sont-ils plus que moi qui n’ai rien ?
Je cours, je va, je vire, je viens,
J’ai pas peur de perdre ma fortune.
Je cours, je va, je vire, je viens,
J’ai pas peur de perdre mon bien.

Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


16 – Montagne que tu es haute

Montagne que tu es haute,
Comment faire pour te monter ?
Oh ! le plaisir, le plaisir,
Nos amours nous aidr’ont à la monter.

Les filles sont comme la rose,
Sont fleuries sur le rosier.
Oh ! le matin, le matin, Sont fleuries,
Oh ! le soir ce n’est plus rien.

Les garçons sont comme la pierre,
Sont sujettes à rouler,
Oh ! ils s’en vont, ils s’en vont, D’villes en villages,
Se moquer de leur bien aimée.

Montagne que tu es haute ,
Comment faire pour te monter ?
Oh ! le plaisir, le plaisir,
Nos amours nous aidr’ont à la monter.

Chansons populaires du Nivernais et du Morvan recueillies par Achille Millien et J.G. Penavaire.


17 – La délaissée

Je suis la délaissée lala,
Qui pleure nuit et jour.
Celui qui m’a trompée lala,
C’est mon premier amour.

J’avais quinze ans à peine lala,
J’étais belle comme une fleur.
Il a fallu qu’il vienne lala,
Empoisonner mon cœur.

Ses charmes et ses caresses lala,
Ses faux baisers menteurs.
Et ses fausses promesses lala,
M’ont jetée dans le pleur.

Je tremble et je viens pâle lala,
Je le vois chaque jour,
Auprès de ma rivale lala,
Qui lui parle d’amour.

Avant que je succombe lala,
Il faudrait le punir.
Et dans la même tombe lala,
L’amour (la mort) va nous unir.

La belle part furieuse lala,
Va tuer son amant.
La pauvre malheureuse lala,
Elle z-en fit autant.

En ce jour de tristesse lala,
Souvenez-vous toujours,
Fraîche et belle jeunesse lala,
Fidèle à nos (vos) amours.

Les chants et les chansons valdôtains, Centre d’Études Francoprovençales René Villien de Saint-Nicolas (Val d’Aoste).


18 – Les perdrioles

Le premier jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Le premier jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
Le premier jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera Une perdriole, qui va ,qui vient, qui vole,
Une perdriole, Qui va ,qui vient, qui vole,
Une perdriole, qui vol’ dedans le bois.
Que j’donn’rai,
À ma mie charmante.

Le deuxième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Le deuxième jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
Le deuxième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera,
Deux tourterelles,
Deux tourterelles
Une perdriole, qui va ,qui vient, qui vole,
Une perdriole, Qui va ,qui vient, qui vole,

(…)

Le troisième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Le troisième jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
Le troisième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera,
Trois ramiers au bois,
Trois chiens courants,
Deux tourterelles,
Deux tourterelles

(…)

L’quatrième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
L’quatrième jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
L’quatrième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera,
Quatre canards volant en l’air(e),
Quatre canards sauvages,
Trois ramiers au bois,
Trois chiens courants,
(…)

Le cinquième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Le cinquième jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
Le cinquième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera
Cinq lapins grattant la terre,
Cinq lièvres aux champs,
Quatre canards volant en l’air(e),
Quatre canards sauvages,
(…)

Le sixième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Le sixième jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
Le sixième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera
Six agneaux de lait,
Six agneaux de lait,
Cinq lapins grattant la terre,
Cinq lièvres aux champs,
(…)

Le septième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Le septième jour de mai,
C’que j’donn’rai à ma mie,
Le septième jour de mai,
Que donn’rai-je à ma mie ?
Sera
Sept saumons d’argent,
Sept saumons d’argent,
Six agneaux de lait,
Six agneaux de lait,
(…)

Chansons populaires du Nivernais et du Morvan, recueillies par Achille Millien et J G Penavaire. Chansons populaires de l’Anjou, recueillies par François Simon. Répertoire Catherine Perrier.

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