LA VOIX « TRADITIONNELLE » - Évelyne Girardon

Résumé en chantier et en constante évolution.

DES QUESTIONS EN INTRODUCTION

Comment pouvons-nous faire nôtres non seulement les répertoires mais aussi les façons, les couleurs, les timbres repérés dans l’ensemble des musiques traditionnelles ?
Que choisit on d’entendre dans les répertoires de la tradition orale ? Sachant que beaucoup de filtres sont déjà en action : particulièrement ceux des choix personnels des collecteurs par exemple.
Quid de notre oreille laminée, fatiguée par tous les sons de la vie contemporaine, par de nouvelles habitudes d’écoute ?

LA VOIX « TRADITIONNELLE » : celle d’une autre civilisation.

Luciano Berio définissait les timbres des voix « populaires » ainsi : une explosion de racines.

Luciano Berio
Luciano Bério

La voix dite « traditionnelle » peut s’entendre sur les multiples documents audio qui sont à disposition aujourd’hui. Suivant la date à laquelle ceux-ci ont été enregistrés, le son des voix change.
La voix est un marqueur des différentes époques de collecte. On peut comparer les enregistrements sur rouleau de Ferdinand Brunot en Berry avec les collectes de Roger Pearron en 1954 (Berry – Thiaulins de Lignière), puis avec celles des années 70-80.

Les archives sonores regroupées et actualisées en lignes
Ferdinand Brunot en Limousin : collectes en 1913

Ferdinand Brunot en Berry

Les Thiaulins de Lignières en Berry

Faire la différence, à l’écoute des documents de terrain, entre 3 catégories de témoins : ceux qui ont eu une vraie fonction de chanteurs – conteurs – porteurs de rituels, ceux qui ont participé sans tenir un rôle prépondérant, ceux qui se souviennent simplement des répertoires. Il y a aussi le répertoire transmis en famille (comme celui de la famille de Ben Benoît au Québec)


Ben Benoit

Néanmoins, on peut repérer un certain nombre de constantes dans le timbre de la voix.
Giovanna Marini explique que les cultures de tradition orale sont construites sur ce qu’elle appelle les « SONS CHOISIS ». C’est un ensemble de qualités sonores maximales dans les possibilités de couleurs, les dynamiques, les formes de sons.

À l’écoute des collectages audios, ce qui frappe c’est l’extrême diversité des voix, des timbres, avec une constante : l’aspérité sonore.

Giovanna Marini
Giovanna Marini

Le site de Giovanna Marini

SONTIMBRE DE LA VOIX INDISSOCIABLES DE L’EXPRESSION DE LA MODALITÉ, DES ÉCHELLES TEMPÉRÉES DIFFÉREMMENT DU TEMPÉRAMENT ÉGAL.

Pour ce qui concerne le chant en français, la modalité, au cœur de la majorité des répertoires, porte avec elle les composants de timbres qui participent à l’expression des différentes échelles et/ou formules mélodiques.

Pour la voix, le savoir faire des chanteurs et chanteuses de tradition, développe des constantes :
- Expression vocale particulière, enrichie en sons harmoniques (donc une « pose de voix » émise pour cette exigence)
- Un timbre plein d’aspérités bien loin des formatages vocaux, qui permet, à l’écoute de certains documents une grande virtuosité sonore et ornementale.

Les échelles tempérées différemment du tempérament égal de la musique tonale, semblent valorisées, colorées, développées par ces textures vocales. Le « savoir faire » des chanteurs, s’appuyant sur des timbres vocaux d’une grande densité en sons harmoniques permet à certain (e) s, au centre d’un ornement, de placer aussi une note « mobile » (comme chez la famille de Ben Benoît – Canada Français – ou en Ardèche – collectage de Sylvette Béraud Williams).

Sylvette Beraud Williams
Sylvette Béraud Williams

Quelquefois, la variation de l’échelle et du timbre semble liée à la narration, à l’émotion provoquée par ce qui est dit comme si faire varier les échelles était un moyen supplémentaire de donner du sens à ce qu’on interprète.
Ces fonctions musicales et narratives étroitement mêlées, cette logique imparable et la résolution acoustique sont d’une grande cohérence.
Et si on parle voix, on parle aussi de l’oreille.

La conception musicale du chant traditionnel passe d’abord par le travail du timbre de la voix qui ne cherche ni à être épuré, ni à filer un son fixe. Les voix sont chargées de sons harmoniques très colorés. Les voyelles vont aller sonner dans des résonateurs différents et forment une sorte de tourbillon passant d’un résonateur à l’autre.

Pour la voix « savante » au contraire, on va utiliser tous les résonateurs à la fois pour garder un ruban harmonique le plus égal possible pour rivaliser avec la puissance des instruments de l’orchestre. On atténue les différences de timbre de chaque voyelle (exemple de voyelles aiguës changées en « i » parce que c’est plus confortable).

Dans la voix traditionnelle, l’ornement (le plus fréquemment) est fait d’une rupture de timbre (l’inflexion dirait John Wright) : d’un coup de glotte, le chanteur envoie le son dans des résonateurs différents et revient. Ces ornements sont la signature du chanteur.

John Wright
John Wright – 1990 – Photo P.Dalmagne

- La voix dite traditionnelle est une véritable palette de sons, c’est un art des couleurs.
- La voix savante est un art de hauteurs de sons.
On ne peut pas écouter ces deux types de voix en recherchant le même plaisir esthétique. Il semble que ça ne soit pas un hasard si la voix traditionnelle soit restée majoritairement au service de la monodie dans la plupart des cas.

L’esthétique n’est pas d’être beau ou laid mais bon ou mauvais, c’est une éthique et non une esthétique. C’est-à-dire, est-ce utile ou non. Giovanna Marini

LA FONCTION DE LA VOIXLES CONSÉQUENCES SUR LE TIMBRE

La fonction de l’expression vocale change, donc le timbre change aussi.
Prenons l’exemple, l’expérience du chant étudié auprès des chanteurs de briolage qui mènent les boeufs.
Ce chant se présente comme une façon d’occuper l’espace qui l’entoure.
La voix, domine et organise l’espace. Le son, le timbre de la voix répond à des critères
d’identification au sein de la communauté, et se révèle de même capable de contrôler l’ampleur des espaces de travail, en la circonscrivant à travers la voix chantée.
(Georges Sand était capable de reconnaître à l’oreille quel champ était labouré par la voix du laboureur)

Dernières nouvelles…

Beline > 6.12.20

[e] # Agenda

Les ateliers conduits par Évelyne Girardon font une pause.
« TRAD en Mai » annulé en 2021.

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Beline > 12.01.20

[e] # VRAC DE TRAD 69 - Janvier 2020

Nouvelle création : IDEMDEUX VOIXDEUX VIELLES
Marc Anthony – Gilles Chabenat – Évelyne Girardon – Marino Le Mapihan
« TRAD aux Tisons » les 17 – 18 – 19 décembre 2020.

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Beline > 14.04.19

[e] # VRAC DE TRAD 68 - Avril 2019

Le printemps s’avance, et le VRAC de TRAD est de retour !
Voici un ensemble rendez-vous qui pourraient vous intéresser si vous appréciez le chant et les musiques traditionnelles.

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Encore des infos…

Graphisme © : Nicolas Castellan 2005-2008