Julien Tiersot- Les Alpes françaises

Chansons populaires recueillies dans les alpes françaises, Savoie et Dauphiné, d’après le livre de Julien Tiersot.
Hélas, voici un recueil non encore ré-édité !

Sandro Boniface et son Tiersot
> Sandro Boniface consulte sa vieille édition du Tiersot

De 1895 à 1900, Julien Tiersot parcourt les Alpes françaises “en vue d’y recueillir les chansons populaires conservées par la tradition”. Cette enquête majeure aboutit en 1903 à la publication de l’ouvrage “Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises (Savoie et Dauphiné)” qui reste aujourd’hui une référence capitale.

Recommandé par le Ministère de l’Instruction publique, il trouve dans les départements les interlocuteurs qui le guident dans sa recherche. Celle-ci le conduit “au plus près des frontières” dans une zone limitée par le lac Léman, Genève, Annecy, Chambéry, Grenoble, Aspres-les–Veynes, Gap, la vallée du Queyras jusqu’à Saint-Véran et par la frontière entre la France, l’Italie et la Suisse.

Il collecte lui-même 442 chansons auprès de témoins directs. Il reçoit, pour 242 titres, les contributions d’autres enquêteurs dont Joseph Siméon Favre (originaire de la vallée d’Aoste en Italie, qui collecta aussi en Tarentaise), cité comme un contributeur majeur, et de Claudius Servettaz, enseignant comme nombre d’autres collecteurs.

Julien Tiersot précise, en préface à son ouvrage, que si on ajoute tout ce qu’il a rassemblé, on arrive à un total de 1200 à 1300 pièces comprenant aussi des documents inédits “tirés de la poussière” cahiers manuscrits de chansons et archives diverses.

Le recueil propose 227 titres dont beaucoup comprennent plusieurs versions. Julien Tiersot espère avoir apporté “ une contribution de quelque importance à une étude dont l’intérêt n’est plus méconnu, en prenant l’initiative d’une recherche collective à laquelle tant de gens si divers ont coopéré, depuis le chef de l’Université de France, de hautes personnalités de l’ordre politique et administratif, des savants et des artistes des plus éminents, jusqu’à la plus simple bergère des Alpes et au plus humble montagnard».

Aujourd’hui, en ouvrant ce recueil, on reste étonné de la diversité des mélodies, des thèmes poétiques et narratifs et de la précision des notations ornementales.

Chaque chanson est une rencontre particulière et chacun pourra y puiser matière à émotion.

Julien Tiersot
> Julien Tiersot

Réinterpréter les mélodies collectées par Julien Tiersot.

Se plonger dans un recueil de chansons populaires comme celui de Julien Tiersot est une aventure artistique tout à fait passionnante et créative. L’intérêt est multiple : c’est d’abord recevoir un monde très particulier qui inclut la vision toute personnelle du collecteur face à cette forme musicale, son filtre incontournable (choix des thèmes, oreille, interprétation, regard), les chanteurs qui l’ont pratiquée, l’époque de la collecte. C’est avant tout la rencontre avec une personne qui a pris la responsabilité de noter (tradition écrite) une tradition orale, avec tout ce que cela comporte comme failles, oublis, compromis, censures et inquiétudes face à la pauvreté de la notation musicale pour exprimer la totalité de ce qui fait la caractéristique (musicale mais aussi vocale) de cette musique. On peut citer à ce sujet les collecteurs du Bas Berry, Barbillat et Touraine (1912)

“Nous nous excusons humblement auprès de nos lecteurs de n’avoir pu traduire avec les sept notes de la gamme, même affublées de dièses et de bémols, ces particularités (quarts, trois-quarts de ton, etc.) et de les avoir remplacées par ce qui nous a paru en être le plus approchant.”

C’est aussi la rencontre avec le choix musical du collecteur. Pour ce qui concerne Julien Tiersot, celui-ci est très sûr car la richesse des mélodies notées présentent un véritable lexique d’ornementations et des versions musicales au phrasé inédit. On peut facilement faire des comparaisons avec les éditions des autres collecteurs “alpins”.

Le chanteur d’aujourd’hui peut trouver, dans le travail de Julien Tiersot, la matière à développer sa voix et son imaginaire.

L’imaginaire : voilà toute l’affaire !

L’arrivée du magnétophone a tout changé. Nous pouvons aujourd’hui entendre des exemples directs et concrets sur la manière de chanter, les variations, l’ornementation, l’implication personnelle du chanteur dans l’interprétation.

Cette réalité aurait pu refermer les recueils sur cette constatation : le contenu n’est que le squelette de ce qui a été entendu, filtré et sans doute distordu par l’oreille toute savante du collecteur. Il semblerait donc aux esprits pressés qu’il faille en rester là et laisser aux “chercheurs spécialistes” ces précieux (mais poussiéreux) témoignages pour se tourner vers la “création contemporaine” ou la “ré-invention”.

Quelle erreur et quel manque d’appétit !

Sortir les chansons des recueils exige, bien sûr, une connaissance de terrain de cet espace musical : il ne s’agit pas de s’en tenir au déchiffrage de la partition et comme pour tout autre style, il faut en connaître les caractéristiques, sinon le risque est grand d’affadir, d’uniformiser, et surtout de ne présenter que le “squelette” de ce qui a été (ou de ce qu’on imagine avoir été). D’autre part, la chanson du recueil n’est pas “ce trésor authentique” auquel il ne faut pas toucher, tout au contraire c’est un formidable espace de liberté pour le musicien.

Il semble, après expérience, que face à un collectage enregistré, la relation affective (surtout si celui qui va utiliser le répertoire est celui qui l’a collecté) rende moins facile la réinterprétation immédiate, car on a toujours l’exemple que l’on peut réécouter et à l’esprit la personne rencontrée, son histoire, l’aventure qui a produit le collectage. En ce qui concerne les textes, l’imaginaire peut les labourer inlassablement et y trouver tout ce que l’appétit d’aujourd’hui souhaite exprimer.

Je me souviens d’une soirée ou plusieurs chanteurs (chanteuses), ouvrant le recueil sur les chants des Alpes de Julien Tiersot, avaient sélectionné chacun ce qu’ils considéraient comme l’une des plus belles chansons du livre. Étaient présents René Zosso, Sylvie Geniaux, Patrice Combey…

Le résultat a été plus qu’intéressant car les choix, bien sûr, ont dessiné l’identité musicale de chacun. S’en est suivie une discussion sans fin sur les relations musique-texte, puis sur le sens de ces textes, et sur la manière de réinterpréter ces chansons, belle preuve du fort pouvoir d’évocation de ce répertoire.

Mais il est une autre chose plus subtile et émouvante encore : chaque voix au timbre particulier, puisque personnel, apporte une lecture unique du contenu de ces chansons.

À nous tous la liberté de les reprendre, de les chanter, et d’ajouter ainsi une autre couleur à ce répertoire !

Article signé Évelyne Girardon (lettre d’info du CMTRA).

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> Acte de naissance de Julien Tiersot à Bourg en Bresse

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