Rédigé pour la journée professionnelle des professeurs de chant au CNSMD (Paris, 3 juillet 2008) – Plate-Forme interrégionale d‘échange et de coopération pour le développement culturel.

Bien que je sois titulaire d’un diplôme d’état de professeur de “ chant traditionnel” (qui, dans la forme où je l’ai passé, n’existe plus aujourd’hui), je pense que je suis surtout quelqu’un qui ne fait qu’autoriser les autres à chanter. Le terme de “professeur” ne me convient donc pas tout à fait. Dans le milieu des musiques traditionnelles, on emploie aussi le terme de passeur, mais cela ne décrit pas exactement mon travail non plus. Je pourrais me classer parmi les “enseignants autodidactes”.
J’ai une devise : “Chanter, c’est sûrement mieux que de ne pas le faire…”
À l’époque ou j’ai entrepris cette forme d’enseignement, aucun diplôme, aucun “cours” n’existaient, le répertoire commençait juste à émerger auprès des chanteurs amateurs et l’enjeu était de le découvrir et de se l’approprier.
J’ai commencé en passant de l’enseignement de la vielle à roue au chant.
Je suis d’abord une chanteuse, qui fait de la scène, un peu de théâtre, qui se transforme aussi en metteur en scène, arrangeur, et qui a une passion pour la transmission des répertoires dits “traditionnels”.
L’enseignement des répertoires chantés de la tradition orale en français se retrouve rarement dans l’institution de l’enseignement musical.
Même si deux cours se sont ouverts dans l’histoire de la création des départements musiques traditionnelles (à Châteauroux et à Nevers), le chant et surtout celui de langue française, dans cette esthétique, en est encore au minuscule début de son intégration.
Je me demande d’ailleurs si rejoindre le cadre de “ l’école de musique” est la meilleure des choses pour ce répertoire précis car pour le moment, il y est rarement reconnu comme véritable fondation artistique, et la structuration de l’enseignement, son évaluation dans le cadre des examens par exemple, ne me paraît pas complètement adaptée aux publics qui s’y intéressent.
D’ailleurs cette intégration éventuelle des musiques traditionnelles dans l’institution est toujours en débat parmi les passeurs nombreux des répertoires dits “d’héritage”, et ce, depuis longtemps, depuis la création des CA et DE “musiques traditionnelles”.
Même si les départements musiques traditionnelles au sein de certains conservatoires voient leur nombre global d’élèves instrumentistes grandir, (mais il en est de même hors l’institution), la majorité des élèves en chant se trouvent souvent à l’extérieur de ces départements.
En fait l’engouement pour la pratique vocale va s’amplifiant, et si les écoles de musique ne répondent pas suffisamment à la demande, les associations prennent le relais, comme c’est le cas dans certains Centres des musiques traditionnelles.
Il est d’ailleurs très désagréable que l’État et les Conseils Régionaux, dans leur volonté de tout rassembler au cœur des Agences Régionales (pour mutualiser paraît il), demandent aux Centres des Musiques traditionnelles d’abandonner le terrain, les actions concrètes et notamment les nombreux “ateliers” de pratique vocale et instrumentale qui répondent à une énorme demande depuis longtemps, dans lesquels beaucoup d’amateurs et de professionnels trouvent une offre de formation qui n’existe pas ailleurs. Le Centre des Musiques traditionnelles Rhône-Alpes en fait, en ce moment, la cruelle expérience.
(Ce centre, par exemple, a vu le nombre des élèves de ses ateliers-cours doubler en 5 ans, la structuration de l’enseignement qui y est dispensé est bien sûr très différente de celle organisée dans les écoles de musique, avec lesquelles il entretient peu de collaborations, si ce n’est des mises à dispositions de salles, ce qui est déjà beaucoup !
Beaucoup de musiciens chanteurs issus de ces ateliers relayent ensuite leurs acquis dans d’autres associations diverses sans passer par la case “École de musique”.)
Mon travail de “professeur de chant” se situe exactement à la jonction des lieux d’enseignements très institutionnels (pour un public hors les musiques traditionnelles) et des plus petites associations (dans le milieu des musiques traditionnelles).
Bien sûr, enseigner ou passer ce répertoire, ce n’est pas seulement empiler des thèmes appris, c’est aussi étudier les caractéristiques et leurs multiples variations, les sociétés qui l’ont vu naître, l’histoire des peuples et des langues, les différentes couleurs vocales, les fonctions et rituels qui accompagnent ces répertoires etc.
Les interventions pour lesquelles je suis sollicitée viennent, aujourd’hui, en majorité d’associations ou d’institutions qui ne sont pas forcément en lien avec les milieux dits “musiques traditionnelles” (chorales amateurs et professionnelles, conteurs, groupes vocaux (jazz, chansons françaises), comédiens, ensembles semi professionnels comme le Chœur Britten, Maîtrise de la Loire, Maîtrise de l’Opéra de Lyon, ADDIMS, CEFEDEM, CFMI, IUFM etc.).
L’activité d’enseignement la plus importante dans laquelle je suis investie : ce sont les cours de la Compagnie Beline qui, depuis 4 ans propose 10 dimanches de formation (6h) par an.
30 à 40 personnes suivent ces formations à l’année et nous sommes en plein développement.
50 personnes sont déjà inscrites pour la saison prochaine, nous organisons donc, pour 2008-2009, 10 week-ends : chacun d’eux sera scindé pour faire travailler 2 groupes de 25 personnes, un sur St Étienne (Loire) pour les samedis (4h de cours), un sur Lyon pour les dimanches (6h de cours).
Les inscrits viennent de Poitiers, Belfort, Dijon, Chalon, Genève, Rouen, Lyon, St Étienne, Chambéry, Albertville, Besançon, Bourgoin.
Aucun niveau particulier n’est demandé au départ pour intégrer le cours qui est collectif.
Des petits ensembles vocaux se forment, qui travaillent en autonomie entre les cours. Je les accompagne aussi dans leurs répétitions et recherches.
Des professionnels et des amateurs s’y retrouvent, toutes générations confondues, avec une arrivée récente de jeunes étudiants du CEFEDEM de Lyon et un rajeunissement notable du groupe (par exemple arrivée de passionnés de musique traditionnelle rencontré sur les forums internet comme “Tradzone”)
Chaque année, un formateur extérieur vient sur un week-end, nous avons eu : Olivier Durif, (collectes du Limousin) René Zosso (Introduction à la musique modale), Daïnouri Choque (écoute des sons harmoniques), Catherine Perrier (écoute et interprétation de collectages) et l’an prochain ce sera Robert Bouthillier (Répertoires du Québec).
Nous avons aussi mis en place un site dans lequel il est possible de trouver des documents pédagogiques et des comptes rendu des cours.
J’ai travaillé en 2007-2008 en accompagnant trois groupes de chanteurs amateurs pour la création de trois concerts :
Un groupe autour de l’association “Mémoire vive” (musique traditionnelle ) qui travaille sur le rapport aux sources et qui est un Centre de Ressources audio et vidéos rassemblant des collectages et témoignages en Morvan (30 personnes)
Un chœur “Musiques du monde”, (La Chorale du mardi, 25 personnes)
Un projet de concert rassemblant 380 personnes et qui a donné 2 concerts à l’auditorium de Dijon les 7 et 8 juin derniers.
Aujourd’hui, toutes les formations comprennent une réalisation de concert, spectacle ou enregistrement en conclusion des projets, ce qui est un grand changement depuis 2 ou 3 ans.
Au début, la demande était simple : apprendre des chansons et en particulier des chansons à danser. La qualité vocale nécessaire ne se posait pas.
Puis l’intérêt pour les narrations (complaintes, ballades) s’est fait grandissant (avec la polyphonie) et aujourd’hui la demande va vers un approfondissement des caractéristiques musicales liées aux répertoires de la tradition orale. En même temps, la voix, celle entendue sur les documents de terrain, sa qualité et sa souplesse prennent de l’importance dans les demandes.
Je suis aussi de plus en plus confrontée à des demandes qui ont trait à l’accès à une culture générale concernant les musiques traditionnelles, comme étudier la modalité, comprendre les échelles non tempérées, connaître les différentes vocalités des musiques dites “du monde”, affiner l’oreille pour mieux comprendre et entendre les documents de terrain (comme les collectages).
D’autres demandes sont plus concentrées sur la recherche de répertoire et l’accès aux sources, aussi, j’ai mis en place des “itinéraires” de formation en forme de conseils : les intéressés prennent leurs bâtons de pèlerins et cheminent de stages de formation en Centre de Musiques traditionnelles (pourvu qu’il en reste encore quelques-uns dans l’avenir !), de festivals spécialisés en rencontres vocales.
La question aussi de la création à partir de ces répertoires se pose souvent, comment les réinvestir et les faire nôtres.
Il n’existe à ce jour aucun lieu qui rassemble, pour des élèves, toutes les réponses à leurs demandes “de base”. Et ces demandes de base spécifiques ne se retrouvent pas dans les écoles de musique qui elles, ont d’autres objectifs.
(Je dois regretter qu’il n’y ait pas, dans le domaine du chant traditionnel, une réflexion commune, une concertation, un échange entre tous les “passeurs de répertoires”, les “professeurs ou meneurs d’ateliers chant” pour partager les différentes pédagogies liées aux cultures de l’oralité et réfléchir aussi sur les fondamentaux liés à cette esthétique particulière.)
Le public comprend toutes les générations.
En majorité adulte : étudiants des CFMI et CEFEDEM, les membres de groupes et d’association musique traditionnelle depuis les enfants jusqu’aux retraités, comédiens, auteurs compositeurs interprètes professionnels ou en voie de professionnalisation, professionnels de santé, instituteurs, choristes …
Les enfants, je les rencontre le plus souvent dans le cadre de projets particuliers comme celui qui a concerné “La mémoire chantée des familles” en Drôme (partenariat éducation nationale et le Train Théâtre de Valence), réalisation de spectacles à l’école (ADMS-Savoie), projets avec la Maîtrise de la Loire, Maîtrise de l’Opéra de Lyon- (Spectacle “J’ai fait un rêve”)
Mon travail prend de multiples formes d’organisations :
Majoritairement des stages dans lesquels le cours peut être collectif et individuel.
Des cours ponctuels pour petites formations (ensembles vocaux)
Des accompagnements et réalisations pour la création de spectacles (380 amateurs sur scène récemment à l’Auditorium de Dijon)
Des opérations de “suivi” pour des élèves du CEFEDEM par exemple.
Depuis que j’enseigne, 2 anciennes élèves sont devenues chanteuses professionnelles et collaboratrices dans le cadre du groupe “Roulez Fillettes” (Sylvie Berger, Solange Panis).
Deux autres ont cumulé le statut de chanteuses et celui de professeur de chant (Solange Panis, Catherine Faure)
Chaque spectacle de la Compagnie Beline donne la possibilité aux élèves les plus aguerris de se frotter à un véritable enjeu professionnel (enregistrement, création, tournées). Il y eu Joellane Joos, Françoise Banderier, Cécile Bach, Néfissa Bénouniche, Sylvie Geniaux, Sylvie Heintz, Christopher Murray, Michel Gablin.
Commentaires fermés pour cet article
Beline > 4.09.10
Cours de chant traditionnel-Atelier de pratique vocale collective : 26/09/2010
Évelyne Girardon sera avec Noces Bayna dans la région de Limoges du 28 septembre au 2 octobre.
Inscrivez vous d’ores et déjà au Stage de Notre Berry /février 2010.
Beline > 3.09.10
Le Vrac de Trad relaie les évènements vocaux et les lieux qui les accueillent (concerts, stages, rencontres, séminaires, colloques, joutes, assemblées, liens sur le web). Il a été initié par La compagnie Beline et ne prétend pas être exhaustif. Ses couleurs préférées sont souvent celles des musiques traditionnelles, mais pas uniquement.
Beline > 23.08.10
La saison 2010 – 2011 se prépare avec quelques nouveautés.
Toutes les informations sont sur ce lien
Graphisme © : Nicolas Castellan 2005-2008