# Ecrit le 16/12/2004 (modifié le 17/09/2005)
1 - Là haut sur la montagne / La bergère aux champs 3'35
2 - La Péronnelle 3'11
3 - Le Beau conscrit 4'24
4 - Les trois conscrits 3'18
5 - La mort du porte enseigne 3'38
6 - Le pauvre laboureur 1'53
7 - Noël de Bessans 2'03
8 - Dieu d’Amour, que je souffre
de peines ! 4'47
9 - Le galant sans argent 2'11
10 - Réveillez-vous belle endormie 2'47
11 - La complainte du chaudronnier 7'34
12 - J’ai perdu ma maîtresse 1'25
13 - L’amour et le vin 2'36
14 - La Mie Ressuscitée 2'10
(P) 2004 • Production : CMTRA, 12 rue Gambetta, 69190, Saint-Fons (www.cmtra.org) • Producteur délégué :
Robert Caro • Direction musicale et réalisation : Évelyne Girardon • Assistant à la réalisation : Jean-Sébastien Esnault • Direction artistique : Jean Blanchard • Illustrateur- graphiste : Nicolas Castellan (www.onemo.com) • Enregistrement et mixage : Pascal Cacouault au studio L’ARTSCÈNE (Bourgoin-Jallieu) sauf titre 14 au studio « C’EST PAS DES MANIÈRES » (Lyon) • Enregistrement des violons sur le titre 14 : Olivier Milchberg au studio MUANCE PRODUCTION (Éourres)

Christian Abriel, Nicolas Perillat, Evelyne Girardon, pendant l'enregistrement de "La Bergère aux champs".
Toute l’équipe du Centre de Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes est heureuse de vous présenter le CD “Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises, Savoie et Dauphiné”. Les quinze chants interprétés sont tirés de la collecte réalisée entre 1885 et 1900 par Julien Tiersot, publiée en 1903 et qui rassemble 227 chansons. Les mélodies, sélectionnées par le CMTRA, ont été confiées spécialement à 36 arrangeurs, chanteurs et instrumentistes réputés pour leur intérêt pour le chant traditionnel, et qui résident sur le vaste territoire concerné par la collecte. Ces musiciens travaillent depuis longtemps à la valorisation des patrimoines musicaux dans les départements de Savoie, Haute-Savoie, mais également en Isère, Val d’Aoste et dans les Hautes-Alpes. Cet enregistrement est le résultat de deux années et demie de conception des arrangements, de travail musical, d’enregistrement, de recherche iconographique et de réalisation, sous la responsabilité musicale d’Évelyne Girardon, au service d’un patrimoine d’une qualité exceptionnelle.
Dans la préface de son ouvrage : Chansons Populaires recueillies dans les Alpes Françaises (Savoie et Dauphiné), Julien Tiersot, en musicologue impliqué dans le débat sur la nature des mélodies et chansons traditionnelles, nous livre ses questionnements personnels. N’oublions pas qu’à l’époque où il écrit ces lignes, soit 1903, les régions de France font déjà l’objet de collectes depuis un siècle. Les débats sur l’origine savante ou populaire des répertoires ont été largement ouverts, et bien des a priori ont déjà été levés. Il reste néanmoins de nombreuses questions sans réponse, et Tiersot va faire preuve d’intuition dans les hypothèses qu’il formule.
« Fréquemment, ai-je dit, j’ai trouvé des variantes nombreuses d’une même chanson. Je puis assurer que jamais toutes ces variantes ne se chantaient sur le même air, même que jamais deux ne se sont trouvées absolument identiques au point de vue musical. C’est que la mélodie, bien plus encore que la poésie, est chose fluide et impalpable. Sous la plus légère influence, elle se transforme radicalement : une simple altération à la tonalité ou au mouvement peut lui donner une physionomie si nouvelle que l’analyse la plus subtile se trouve parfois impuissante à en dégager la substance primitive. Le peuple est un admirable symphoniste, par l’art incomparable avec lequel il sait varier ses thèmes et leur donner tour à tour des expressions diverses. Au fond, les mélodies populaires, comme les poésies, pourraient être réduites à un nombre de types relativement restreint ; mais, en raison de la moindre précision de la matière, il serait plus difficile encore de déterminer ces thèmes générateurs. Combien pourtant il serait intéressant de surprendre à travers ces modifications incessantes le secret de la participation du peuple à l’élaboration musicale des chansons, dire en quels cas il s’est borné à transformer des mélodies préexistantes, en quels autres il en a créé de nouvelles, soit sur des vers nouveaux, soit sur d’anciennes paroles, comme tels compositeurs ont remis en musique certaines poésies favorites de Victor Hugo, ou de Goethe, ou de Métastase, que d’autres avaient traitées avant eux! Ici encore il nous faut dire que ce n’est pas le lieu de traiter une question si obscure. Bornons nous donc à constater que si parfois, entre les variantes d’une même chanson recueillie sur différents points, il m’a été possible de distinguer un type mélodique commun, plus souvent encore, même ce type retrouvé et adopté, il restait d’autres formes, très différentes et parfois fort heureuses.
Il était impossible de surcharger outre mesure ce livre de notations : plus de deux cent cinquante airs notés sont plus que suffisants pour faire connaître le génie musical propre aux habitants des régions alpestres; mais je n’ai pris aucun parti absolu à cet égard, si ce n’est celui de m’inspirer des circonstances, de façon que, lorsqu’elles m’ont paru l’exiger, j’ai pu donner pour un seul et même morceau la transcription de plusieurs mélodies.
J’ai aussi, très discrètement, fait suivre les notations qui se sont trouvé particulièrement intéressantes, de commentaires concernant la tonalité, les formes rythmiques, et toutes autres particularités caractéristiques de la mélodie populaire.
Afin de mettre en relief les qualités inhérentes à certains chants, je me suis permis d’en harmoniser un très petit nombre -cela d’ailleurs à titre tout exceptionnel et sans pour cela omettre de les conserver à leur place dans leur primitive nudité.
La généralité de ces airs apparaîtra peut-être un peu monotone: ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on a reconnu que l’accent de la mélodie populaire est essentiellement mélancolique, et nos chansons alpestres ne failliront pas à la règle. Du moins ont-elles, en leur rusticité, le charme pénétrant dont est imprégné tout ce qui émane directement de la nature, et, dans l’ensemble, elles donneront une idée très fidèle de la Chanson populaire française.
Les vallées alpestres resteront sans doute silencieuses, et bientôt peut-être le souvenir des chants d’autrefois en aura disparu. Qu’au moins ce livre en rappelle la mémoire aux temps à venir, et dise ce qu’ont été ces chansons, qui, pendant des siècles, furent pour les humbles une source de consolation et de réconfort, et la seule jouissance d’art qu’ils aient jamais connue. »(Julien Tiersot)
Chansons Populaires recueillies dans les Alpes Françaises (Savoie et Dauphiné), Laffite Reprints, 1979. Réimpression de l’édition de 1903
Article signé Jean Blanchard (lettre d'info du CMTRA)
L' Atlas sonore n°18 du CMTRA est disponible en VPC