Copyright : ©Évelyne Girardon – Compagnie Beline

Eudoxie Blanc – Mieussy (Haute Savoie)
C’est un répertoire profondément monodique, tout est imbriqué : la mélodie, la narration, la fonction, le tempérament, la pose de voix, l’ornementation, les micro-variantes.
Sa structure centrale est à grande majorité modale, même (et surtout si) tous “les accidents” qui font sortir du mode sont les bienvenus (à la différence du répertoire liturgique par exemple).
L’histoire de la musique passe à l’intérieur, de façon subtile (arrivée de la sensible, utilisée de manière tout à fait spéciale, mélodies aux couleurs “orphéoniques” de la fin du 19e siècle)
La modalité imprègne très fortement les musiques de tradition orale, tous pays confondus.
Pendant des siècles, il y a eu de très grands changements, la musique classique a pris d’autres chemins, la musique modale, horizontale s’est maintenue de manière autonome à travers les musiques traditionnelles.
On peut dire que la modalité, ce sont nos racines.
Le répertoire de tradition orale, en français, est attesté surtout à une voix (soliste ou groupe chantant à l’unisson en réponse à un meneur, par exemple)
La conduite vocale entendue sur les documents audio montre que la pose de voix se construit pour cette forme monodique, c’est-à-dire se place de manière à sélectionner les sons harmoniques, et ce, quelles que soient les régions voire les pays.
D’où une impression de “nasalisation”, y compris dans les traditions francophones et l’intérêt pour une compression des sons aigus de la voix (à l’inverse de ce qui est pratiqué dans la technique classique par exemple).
Le son de la voix semble être “plaqué” dans les os du visage (même s’ il y a aussi beaucoup…d’exceptions)
Gardons à l’oreille, les voix des “Sœurs Goadec”, des collectages en Ardèche de Sylvette Béraud Williams (K7 Chants de la soie, CMTRA), des collectages en Berry de Roger Péaron, des chants du Québec…
On peut notamment entendre les sons harmoniques sur les finales mais aussi sur les passages en notes longues à l’intérieur de la monodie (C’est d’ailleurs la même chose pour le répertoire grégorien, sauf la “rondeur” de la voix)
Cette pose de voix, juste derrière la mâchoire supérieure, les os du nez, le front, permet une très grande vélocité des ornements et micro-variantes.
Néanmoins, on peut entendre aussi, des chanteurs qui ornementent peu, mais dont la voix est très riche en sons harmoniques (pourquoi ornementer dans ce cas ? le timbre vocal est suffisamment repérable et signifiant)
La respiration est continue, les interruptions sont fonctionnelles. Elle sert aussi d’accent, on interrompt le mot, c’est aussi, parfois, pour marquer l’importance du texte.
L’expression des textes est directe, comme celle de la voix parlée, quelqu’en soit l’interprétation (en distance ou non), certains mots deviennent de simples supports “de passage” à l’image qui suit (comme on le dirait “d’une note de passage”)
Le texte est important, on le met en valeur au détriment de la “mesure”, on n’hésite pas à ajouter des temps supplémentaires si la narration le demande.
Chanter, c’est surtout raconter ou faire vivre une fonction, un rituel (danser pour battre le sol d’une nouvelle maison, bercer, marcher, travailler.)
La pensée musicale est horizontale, très différente de celle dont nous avons l’habitude aujourd’hui : la verticalité des sons se vit comme une superposition de monodies, ou de lignes narratives. Et non pas comme la réalisation pensée d’accords.
Chacun tente de se signer dans le son global, c’est ce qui est intéressant.
Dans la culture savante, les embellissements sont écrits.
Dans la culture de tradition orale, on peut improviser.
Le lieu d’improvisation, ce sont des minuscules fragments, qui deviennent énormes car ce sont les “micros-variantes” qui indiquent si un chanteur est bon ou non.
Comme l’explique Giovanna Marini :
C’est une culture de présence, la présence est fondamentale. La voix doit être toujours forte, si je chante un “pianissimo” qui vient de la culture savante, ils me disent : “ Tu es malade ?. La voix doit être forte car le chanteur doit être là !
Évelyne Girardon
Commentaires fermés pour cet article
Beline > 2.02.12
Blanchard-Girardon le 30 mars 2012 au Musée Gadagne. Duo Evelyne Girardon, Gilles Chabenat, le Trouveur Valdoten en concert : 26 avril 2012 à Montmélian
Beline > 31.12.11
La Compagnie Beline souhaite une très bonne année 2012 à toutes et tous les passionné(e)s instrumentistes, vocalisatrices et vocalisateurs en espérant vous retrouver à l’occasion des concerts, rencontres et stages qui traverseront nos futures activités.
Beline > 5.08.11
Le Vrac de Trad s’est interrompu quelques mois. Mille excuses pour le silence : la sortie d’un CD (La Fontaine Troublée), une toute nouvelle création pour le Chantier à Correns, nous ont beaucoup occupé.
Concert « La Fontaine Troublée » : retrouvez le répertoire du CD sur scène en Trio (Chabenat – Girardon – Sibéril) : Rencontres Musicales de Nedde (87120) : 24 septembre 2011 à 20h30
Ateliers de pratique vocale collective Compagnie Beline : saison 2011-2012.
Les inscriptions sont ouvertes, il reste peu de places, manifestez vous si vous souhaitez nous rejoindre.
Graphisme © : Nicolas Castellan 2005-2008