C’est un répertoire profondément monodique, tout est imbriqué : la mélodie, la narration, la fonction, le tempérament, la pose de voix, l’ornementation, les micro-variantes.
Sa structure centrale est à grande majorité modale, même (et surtout si) tous “les accidents” qui font sortir du mode sont les bienvenus (à la différence du répertoire liturgique par exemple).
L’histoire de la musique passe à l’intérieur, de façon subtile (arrivée de la sensible, utilisée de manière tout à fait spéciale, mélodies aux couleurs “orphéoniques” de la fin du 19e siècle)
La modalité imprègne très fortement les musiques de tradition orale, tous pays confondus.
Pendant des siècles, il y a eu de très grands changements, la musique classique a pris d’autres chemins, la musique modale, horizontale s’est maintenue de manière autonome à travers les musiques traditionnelles.
On peut dire que la modalité, ce sont nos racines.
Le répertoire de tradition orale, en français, est attesté surtout à une voix (soliste ou groupe chantant à l’unisson en réponse à un meneur, par exemple)
La conduite vocale entendue sur les documents audio montre que la pose de voix se construit pour cette forme monodique, c’est-à-dire se place de manière à sélectionner les sons harmoniques, et ce, quelles que soient les régions voire les pays.
D’où une impression de “nasalisation”, y compris dans les traditions francophones et l’intérêt pour une compression des sons aigus de la voix (à l’inverse de ce qui est pratiqué dans la technique classique par exemple).
Cette pose de voix, juste derrière la mâchoire supérieure, les os du nez, le front, permet une très grande vélocité des ornements et micro-variantes.
Néanmoins, on peut entendre aussi, des chanteurs qui ornementent peu, mais dont la voix est très riche en sons harmoniques (pourquoi ornementer dans ce cas ? le timbre vocal est suffisamment repérable et signifiant)
Le son de la voix semble être “plaqué” dans les os du visage (même s’ il y a aussi beaucoup…d’exceptions)
Gardons à l’oreille, les voix des “Sœurs Goadec”, des collectages en Ardèche de Sylvette Béraud Williams (K7 Chants de la soie, CMTRA), des collectages en Berry de Roger Péaron, des chants du Québec…
On peut notamment entendre les sons harmoniques sur les finales mais aussi sur les passages en notes longues à l’intérieur de la monodie (C’est d’ailleurs la même chose pour le répertoire grégorien, sauf la “rondeur” de la voix)
L’expression des textes est directe, comme celle de la voix parlée, quelqu’en soit l’interprétation (en distance ou non), certains mots deviennent de simples supports “de passage” à l’image qui suit (comme on le dirait “d’une note de passage”)
Les syllabes n’ont pas de rôle d’articulation rythmique.
Le texte est important, on le met en valeur au détriment de la “mesure”, on n’hésite pas à ajouter des temps supplémentaires si la narration le demande.
Chanter, c’est surtout raconter ou faire vivre une fonction, un rituel (danser pour battre le sol d’une nouvelle maison, bercer, marcher, travailler.)
La pensée musicale est horizontale, très différente de celle dont nous avons l’habitude aujourd’hui : la verticalité des sons se vit comme une superposition de monodies, ou de lignes narratives. Et non pas comme la réalisation pensée d’accords.
Chacun tente de se signer dans le son global, c’est ce qui est intéressant.
La respiration est continue, les interruptions sont fonctionnelles. Elle sert aussi d’accent, on interrompt le mot, c’est aussi pour marquer l’importance du texte.
Dans la culture savante, les embellissements sont écrits.
Dans la culture de tradition orale, on peut improviser.
Le seul lieu d’improvisation, ce sont des minuscules fragments, qui deviennent énormes car ce sont les “micros-variantes” qui indiquent si un chanteur est bon ou non.
Comme l’explique Giovanna Marini :
“C’est une culture de présence, la présence est fondamentale. La voix doit être toujours forte, si je chante un “pianissimo” qui vient de la culture savante, ils me disent : “ tu es malade ?” La voix doit être forte car le chanteur doit être là !”
Évelyne Girardon
Commentaires fermés pour cet article
Beline > 4.02.10
La compagnie Beline sera présente à Belfort (Danjoutin) les 6 et 7 février 2010.
Les rencontres au détour du moulin : 13 et 14 février 2010 à Bourges.
Avec le Folk des Terres Froides : 28 février 2010 à la Tour du Pin
Beline > 29.01.10
Dernière ligne droite pour vous inscrire aux 3 ièmes “Rencontres autour du moulin” à Bourges
Bourges (18) : 13 et 14 février 2010 en partenariat avec l’association Notre Berry. Quelques places sont encore disponibles.
Depuis 3 ans « Notre Berry », et La compagnie Beline organisent une rencontre autour des répertoires collectés en Berry.
Lieu : École de musique et le moulin Saint Paul (à côté de l’école de musique). Présentation publique le dimanche 14 février 2010 à 16h30, Cornemuses : Jean Blanchard, Vielle à roue : Benoît Michaud, Chant : Évelyne Girardon, Danses : Catherine Surnom.
Inscriptions sur : notreberry[at]free.fr ou par la poste : 17 rue Grouleau, 18000, Bourges.Tel : 02 48 20 80 24
Beline > 2.09.09
C’est reparti pour une année de découverte et de vibrations vocales partagées !
Toutes les informations sont sur ce lien
Graphisme © : Nicolas Castellan 2005-2008